Daniel Firman • Usual Globality

Premier artiste en résidence sur le campus HEC, Daniel Firman va développer un projet de création prenant la forme d'interventions et d'échanges avec les étudiants sur le concept d'Usual Globality.
Ce processus relationnel sera engagé dans deux espaces cellulaires conçus par l'artiste et placés en vis à vis, distincts et identiques, offrant une lecture à la fois fascinante mais également angoissante de nos systèmes usuels.
A la structure indépendante et autonome réalisée par l'artiste dans l'un des deux espaces, constituée d'objets issus du monde contemporain, répondra un double ' potentiel ' dans l'autre cellule, résultant de la manipulation par des intervenants extérieurs (étudiants, public) d'objets identiques à ceux de la première cellule.
Daniel Firman invite ainsi le visiteur à considérer cette idée qui consiste ' à modifier et à réorganiser un monde déjà-là, à la fois encombrant et sans qualité particulière qui, au fond de son utilité, nous impose le fonctionnement du moyen rapporté à la paralysie de nos espaces quotidiens. L'objet est ici utilisé comme élément potentiel d'une structure indépendante qui détermine les lois de son auto-construction dans un schéma global et autonome. ' Par ce principe d'imbrication élémentaire, comme dans ses pièces les plus récentes où le choix des objets se fait très précis, l'artiste veut nous orienter vers sa lecture psychique de l'encombrement.
Depuis 1999, Daniel Firman élabore un ensemble de pièces sous le titre Gathering où l'on voit le corps de l'artiste portant une multitude d'objets dans une position verticale. Celles-ci résultent le plus souvent de performances au cours desquelles l'artiste se surcharge d'objets jusqu'à la limite du ' supportable ', proposant des constructions temporaires où l'assemblage répond aux lois de la pesanteur ainsi qu'au sens de l'effort. Plutôt que de s'arrêter à de simples témoignages photographiques, Daniel Firman s'attache à reconstituer ses actions en procédant à une construction définitive obtenue en replaçant les objets sur la forme moulée de son propre corps, devenu ainsi une structure potentielle et organisatrice.

  • Daniel Firman • Usual Globality
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Daniel firman • usual globality

'Depuis quelques années, je m'intéresse particulièrement au phénomène des auto-constructions, dont le corps comme repère dans l'espace, a structuré un grand nombre de mes travaux. Plus récemment et principalement avec le projet ' usual globality ', je développe dans cette continuité une réflexion sur l'action du corps et son psychisme engagés quotidiennement. En l'occurrence, ce projet propose de réunir, d'assembler des objets de manière aléatoire pour générer une structure stable, sans fixation aucune, en utilisant uniquement les propriétés spécifiques de chaque objet et les lois de la pesanteur que chacun d'entre eux subit. La multiplicité des objets permet un nombre possible de propositions, selon sa propre perception et appréhension de l'objet dans un rapport immédiat de construction. Ce projet consiste à expérimenter, à appréhender spatialement avec le corps une construction indéfinie et modulable. C'est dans ce sens que je propose ' usual globality ', où j'invite les étudiants, le personnel et le public à participer en détail ou globalement à l'élaboration d'une construction autonome. Ce projet participe à la définition du double, du multiple, du clonage : il se présente sous la forme de deux espaces distincts et identiques, positionnés face à face et dans lesquels on retrouve le même nombre d'objets également identiques. Dans l'un des deux espaces, je propose une construction définitive comme un modèle potentiel, reconductible ou transformable dans l'espace réservé à l'interaction des étudiants, du personnel, plus largement du public, où ces derniers peuvent librement intervenir, globalement ou en partie, et ainsi générer leur propre processus de construction mobile. Ce qui divise ces deux espaces identiques, c'est l'immobilisme et le mouvement, mais aussi l'interaction individuelle comme collectif non programmé. Les formes arrondies des cellules proposent un plan sans discontinuité. Sur le sol, transformé en un vaste tapis rouge, tapis d'honneur, se bâtit d'un point de vue critique, un agglomérat d'objets usuels, industriels, qui participent à la culture transversale du monde. Le projet prend évidemment en compte sa situation contextuelle, l'école HEC, et l'on trouve sur une vidéo une sélection des personnalités importantes dans le monde, qui sont passés sur le campus. Ce projet ne veut présenter aucune forme aboutie, encore moins virtuose, mais simplement expérimentale comme un espace ouvert à l'échange, au ludique, à la fiction.'

D. Firman avril 2001