Annick Volle • Portraiture

 Toutes ressemblances avec des personnes existantes ...

Invitée en résidence sur le campus HEC, Annick Volle propose de réaliser une série de portraits des personnels, enseignants et élèves. Il s'agit pour l'artiste d'écouter, d'entendre et de voir l'autre dans ce que sa parole et ses gestes ont de plus singulier. Entremêlant public et privé, réalité et rêverie, apparence et désirs, l'oeuvre dépasse le constat sociologique.
A l'issue d'un premier échange, une séance de prises de vues est programmée. Une première image est réalisée selon un protocole standardisé. Puis, le photographe et son modèle se mettent en quête d'une autre image. Une seconde image qui se veut plus juste, plus profonde, plus intérieure, élaborée à partir d'un dialogue, d'une réflexion partagée. Deux images viennent ainsi ponctuer cette rencontre : une image de départ et une autre d'arrivée.
Mais peut-on croire qu'une image représente une personne ? La question se pose aussi bien pour un peintre. Que faire du paraître quand il s'agit de toucher l'être ?
Le portrait se fonde sur un compromis. Le modèle se prête au désir de l'artiste, quand l'artiste prétend satisfaire le désir du modèle. Ce jeu de regards croisés entre l'artiste et son modèle est bien révélateur des jeux de projections identitaires attachées aux images de soi, que chacun se renvoie et s'échangent dans la vie de tous les jours. Il y a en chacun de nous, un portraitiste et un modèle en puissance.
Le dialogue, l'échange, le rendez-vous, tout participe ici d'une élaboration partenaire de l'image, d'une coproduction clairement revendiquée en tant que telle. Ainsi cette double série de portraits officiels et officieux constitue-t-elle une sorte de reconstitution documentaire qui s'attache à témoigner de l'écart possible entre deux images de soi (l'une publique, l'autre privée) qu'un même individu peut avoir de lui-même. Et au-delà de cette double identité du modèle, l'oeuvre désigne l'extraordinaire diversité des identités se dissimulant derrière les apparences normalisées d'un contexte professionnel.
Mais le projet ne s'arrête pas au simple constat. L'image s'affirme ici comme une résistance. En leur offrant une part active dans l'élaboration du projet, le photographe invite ses modèles à modifier, avec elle, le cours des choses. Aussi modeste qu'il soit, le projet oblige à un déplacement dans les représentations. Face à ce mur d'images, cette mosaïque de portraits, on s'interroge. Qui se cache derrière ces visages que je croise ainsi tous les jours ? Et inversement : qui suis-je aux yeux des autres dans la cadre professionnel qui est le nôtre ?

Philippe Coubetergues

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